Cercles conteurs
L’essentiel en quelques lignes
Inspiré par les travaux de l’ethnolinguiste Suzy Platiel, le cercle conteur est un espace ludique où l’enfant passe de l’écoute à la parole. Par le jeu, la répétition et le plaisir partagé, les enfants s’approprient des contes et développent naturellement leur imaginaire, leur confiance en eux et leur maîtrise de la parole. Une pratique joyeuse pour apprendre à s’exprimer et à grandir ensemble.
Et cric! Et crac! L’histoire est sortie de son sac.
Que se passe-t-il quand on ouvre grand ses oreilles, son imagination et son coeur pour y faire entrer une histoire ? L’histoire s’installe, toute contente d’avoir été accueillie. Elle nous remplit de ses images, sonorités, symboles… elle se balade dans notre imagination, jusqu’à nous titiller la langue pour qu’on la raconte à notre tour.
Les cercles conteurs, c'est quoi ?
Comme le dit Suzy Platiel, le conte est un outil d’éducation et d’humanité. Ethnolinguiste et africaniste du CNRS, Suzy Platiel a partagé le quotidien de la société San, population Mandé du Burkina Faso, pendant plusieurs années. Dans cette société de tradition exclusivement orale, elle a découvert les pratiques de cercles de conte et étudié leur impact sur l’éducation des enfants. C’est à elle que l’on doit le développement de cette pratique en France.
« En étudiant, chez les Sanan du Burkina Faso, comment – en l’absence d’école et d’écriture – se faisait l’éducation des jeunes pour qu’ils deviennent des adultes responsables bien intégrés dans leur communauté, j’ai pu mesurer le rôle essentiel qu’y jouaient les contes écoutés et racontés régulièrement à chaque saison sèche dans la formation de l’être : soit l’« être social » et l’« être individu ». Car si, à travers leurs messages, les contes transmettent aux jeunes et rappellent aux adultes, les codes de comportement de leur société, comme me l’a dit un jour unvieil homme : « ils apprennent aussi aux enfants la maîtrise de la parole », parole qui – comme ils le disent – « distingue les humains de toutes les autres espèces vivantes »
Animer un cercle de conteurs, c’est offrir aux enfants un moment d’oralité ludique et joyeux pour apprendre et grandir en s’amusant (et sans s’en rendre compte).
Comment ça se passe ?
Enfants et adultes s’assoient ensemble, en cercle. La conteuse partage ses histoires, chansons et comptines, toutes issues du répertoire traditionnel. Le cœur du travail consiste à enrôler petit à petit les enfants dans la parole conteuse. Pour cela, plusieurs outils:
- La ritualisation : un rituel identifiable ouvre et ferme l’espace du conte
- Des refrains, séquences répétitives, énumérations, chants, jeux de doigts, devinettes qui permettent aux enfants de participer à l’histoire racontée
- La répétition : chaque conte ou comptine est partagé plusieurs fois, pour que les enfants se l’approprient
- Les niveaux de difficulté des contes sont variables, du très simple au plus élaboré, pour permettre à chaque enfant de choisir ce qu’il a envie de raconter, et pour permettre aux plus timides de s’essayer aussi à raconter
- Lorsque les enfants commencent à raconter, ils bénéficient du soutien des adultes pour les encourager (regard, questions, cadre d’écoute des autres enfants). Ils peuvent demander de l’aide à un autre enfant s’ils ne se rappellent plus de l’histoire.
- Les moments de refrain de l’histoire sont un temps de respiration pour l’enfant conteur qui peut sentir le soutien du groupe.
Le répertoire des contes est soigneusement choisi pour s’adapter aux différentes sensibilités des enfants ainsi qu’aux éventuelles différences d’âges.
Quels apprentissages pour les enfants ?
Nourrie par le plaisir partagé et l’amusement, la pratique des cercles favorise de nombreux apprentissages.
- Prendre plaisir à jouer avec les mots
- Structurer sa pensée
- Développer ses capacités d’écoute
- Apprendre à s’exprimer clairement
- Découvrir le plaisir d’être écouté.e, entendu.e par les autres
- Faire grandir l’imagination et la créativité
- Favoriser l’entraide et l’intelligence émotionnelle
- Pour les petits : travailler la motricité, apprendre à compter
- Enrichir son vocabulaire
- Acquérir une autonomie de pensée, gagner en confiance en soi
- Donner envie de lire et de découvrir d’autres histoires
- …
Il arrive que les cercles conteurs fassent briller des élèves que l’on a peu l’habitude d’entendre en classe. Cette pratique, qui mobilise d’autres codes que le fonctionnement scolaire habituel, peut révéler des capacités chez certains enfants.
Apprendre à s’exprimer clairement à l’oral aura aussi des incidences sur la capacité à s’exprimer à l’écrit, argumenter, comprendre le monde…
Pour plus d’informations sur les apports éducatifs des cercles conteurs, vous pouvez consulter le projet européen Seeds of tellers, qui est très didactique et bien expliqué. La vidéo du CNRS « Au pays du conte » (30min) est aussi une ressource intéressante pour comprendre la démarche.
Comment faire venir des cercles conteurs dans ma classe ?
Les cercles conteurs sont particulièrement adaptés au milieu scolaire : ils aideront la classe à « faire groupe » et seront complémentaires des autres apprentissages. C’est un moment de respiration et de plaisir pour les enfants et pour les adultes, qui s’intègre très bien dans le rythme scolaire.
Binôme conteuse / enseignant.e
La pratique des cercles commence par un temps de préparation entre la conteuse et l’enseignant.e. L’objectif est de s’accorder sur des intentions communes et d’adapter la proposition au contexte spécifique de la classe (ex: enfants dont la langue maternelle n’est pas le français, enfants avec un écart d’âge important, etc.). Pendant toute la période des cercles, nous aurons un document de suivi commun pour garder trace des contes et de la prise de parole des enfants.
Le travail partenarial entre l’enseignant.e et la conteuse est essentiel pour que le projet soit porteur pour les enfants. L’enseignant.e dispose d’une connaissance individuelle des élèves, de leurs besoins, de leurs sensibilité, qui sera très utile pour les aider à libérer leur parole.
Combien de séances ?
L’idéal est de prévoir au moins dix séances. C’est le temps nécessaire pour transmettre le répertoire, accompagner les enfants dans leurs premières contées, mettre en place un cadre qui soutienne la prise de parole.
Il y a deux possibilités. Elle peuvent avoir lieu en continu : pendant quelques mois, les enfants vivent une plongée dans la diversité des contes, accompagnés par la conteuse. Par la suite, l’enseignant.e peut choisir de prolonger ce moment d’oralité en autonomie, ou non.
Les séances peuvent aussi s’espacer petit à petit au cours de l’année pour laisser la place à l’enseignant de prendre le relai sur certaines semaines. De cette façon, il/elle est relayé.e par la conteuse pour relancer la dynamique, apporter de nouvelles histoires, l’accompagner dans ses premiers cercles.
Il est possible d’ouvrir un cercle aux parents d’élèves pour que les enfants aient le plaisir de raconter devant leurs parents.
Quelle continuité pour les cercles ?
La transmission et la continuité font partie de la pédagogie des cercles conteurs. Plus les enfants entendent et racontent des histoires, mieux c’est! Si les enseignant.e.s souhaitent apprendre à animer des cercles, ils/elles seront accompagnés. Pour les aider, un répertoire d’histoires mais aussi des rituels, des comptines, devinettes, petites chansons ainsi que des espaces ressources pour trouver des contes et devenir autonomes.
Il est aussi possible d’organiser une formation à l’art de conter pour les enseignant.e.s afin de les aider à se lancer. Cette formation ne pourra avoir lieu que si suffisamment d’enseignant.e.s sont intéressé.e.s pour la suivre.
Quel budget ?
Ma pratique des cercles conteurs figure dans le Dispositif d’Aide aux Projets d’École de la ville de Brest. Dans ce cadre, douze interventions (par classe) sont financées pour les écoles de la commune, sur demande des enseignant.es et sur sélection des projets. N’hésitez pas à le demander !
En dehors de ce dispositif, une séance de cercle conteur coûte 100 euros HT + frais de déplacement. Ce tarif peut être dégressif. Contactez-moi.
Comment porter ce projet dans mon école ?
Vous trouverez ici un petit fascicule de présentation de ma pratique à destination des écoles. Vous pouvez aussi vous appuyer sur les ressources de la partie « pour aller plus loin » pour rédiger votre propre projet.
En dehors de l'école
La pratique des cercles conteurs peut également être un formidable outil de soutien à la parentalité. Il est possible d’envisager des cercles parents-enfants, où chacun.e cheminera pour ramener les histoires à la maison et créer des moments de connexion en famille.
Hôpital, association d’insertion ou de lutte contre la misère, foyers, centre sociaux, médiathèques… la pratique des cercles fait du bien aux enfants comme aux adultes et c’est possible de la mettre en place dans de nombreux contextes différents. Le seul critère sera d’avoir un groupe volontaire et stable dans le temps pour que les histoires se transmettent. N’hésitez pas à m’appeler pour en discuter.
Si la régularité n’est pas possible, je viens aussi avec plaisir raconter des histoires une seule fois ! Dans ce cas, jetez un œil à la page contées.
Peseurt plas evit ar brezhoneg e-barzh ar c'helc'hioù konterien ?
Ar bloaz-mañ e ran kelc’hioù konterien gant ur c’hlas divyezhek. Lakaat a ran kanaouennoù, ch’oarioù teod hag un nebeut frazennoù ha troienoù e brezhoneg. Ar pal a zo lakaat ar vugale da gaout plijadur en ur komz ha selaou brezhoneg, hep gwask. Lakaat a ran ivez traoùigoù e brezhoneg evit ar c’hlasoù galleger.
Ne ran ket kelc’hioù konterien e brezhoneg hepken.
Quelle place pour le breton dans les cercles conteurs ?
Cette année, je fais des cercles dans une classe bilingue. J’intègre des chants, virelangues et quelques phrases et formules breton. Le but est d’encourager les enfants à prendre du plaisir à entendre et parler breton, sans pression. J’intègre aussi un peu de breton dans les cercles pour les classes francophones.
Je ne fais pas de cercles conteurs qui soit tout en breton.
Références
Je prends beaucoup de plaisir à animer les cercles, et je pense que c’est l’élément le plus important, car le plaisir est contagieux!
Je viens de l’éducation spécialisée (protection de l’enfance) où j’ai commencé à raconter mes premières histoires. C’est assez naturellement donc, qu’entrant dans le monde du conte professionnel, j’ai cherché à le mêler à une pratique d’éducation populaire.
J’ai commencé à animer des cercles en 2024 après que Nicole Launey, proche de Suzy Platiel, soit venue présenter cette pratique à l’association Mille et 29 contes dont je faisais partie. J’ai animé mes premiers cercles avec Florence Le Dreff et avec le soutien de Claudine Laroy, conteuses de l’association Mille et 29 contes. Les cercles à l’école de Plouguerneau ont été relayés dans la presse locale.
J’ai ensuite participé à la grande réunion des cercles conteurs, en septembre 2024, organisée par les proches de Suzy Platiel (dont Nathalie Thibur). Cette rencontre avait pour but de trouver des bases communes pour une pratique qui soit dans la lignée du travail de Suzy. Lors de ces échanges, nous avons pu partager nos questionnements, échanger sur nos pratiques et nous accorder sur les principes fondamentaux de cette pédagogie.
Suite à cela, a émergé l’idée d’une fédération des cercles conteurs, qui est en cours de création.
J’ai ensuite suivi une formation pour approfondir avec Isabelle Gourdet (2024), également proche de Suzy Platiel.
Enfin, j’ai rejoint le collectif des Cercles Conteurs Bretagne Normandie. Nous sommes une petite dizaine de conteuses qui pratiquent les cercles. Ce collectif est un espace d’entraide et d’analyse de pratiques sur l’animation des cercles.
Pour l’année 2025-2026, j’anime 24 séances de cercles conteurs dans deux écoles primaires brestoises.
Je continue à me former et à échanger avec d’autres conteuses/conteurs afin d’enrichir ma pratique.
Pour aller plus loin
Curieux, curieuse d’en savoir plus sur la pédagogie des cercles conteurs et son intérêt pour l’éducation des enfants ? Voici quelques ressources.
Une vidéo du CNRS (30min) qui présente la démarche et les pratiques.
Le site du projet européen Seeds of tellers : une mine d’or. Un livret pédagogie très bien fait qui présente les apports des cercles, beaucoup de contes et de fiches pratiques. il peut être une bonne aide pour aider les enseignants à se lancer dans l’animation des cercles.
Un article du CNRS sur le sujet.
Un mémoire d’étude de Marie-Odile Caleca sur des cercles conteurs animés par Nathalie Thibur : très complet, pour les gourmand.e.s de savoir (il fait152 pages!)
Le site de Nicole Launey qui regorge de ressources théoriques et pratiques (y compris des contes enregistrés)
